Les deux faces de l'Empire : Melville les connaissait, nous vivons toujours avec, un article de Greg Grandin, un historien américain qui a notamment écrit Forlandia, l’histoire de la colonie fondée par Henry Ford au Brésil. 

Tout le monde connaît Moby Dick, les amateurs de littérature pure (?) connaissent et aiment Bartleby, moins nombreux peut-être sont celles et ceux qui connaissent Benito Cereno[1], une nouvelle de Herman Melville. Greg Grandin se sert de Benito Cereno comme fil conducteur d’une histoire de l’esclavage aux débuts des États-Unis.

 

Un capitaine prêt à mener lui-même et tout ce qui l’entoure à la ruine dans la chasse à une baleine blanche. C'est une histoire bien connue, et au fil des ans, Achab le fou dans le plus célèbre roman de Herman Melville, Moby Dick, a été pris comme exemple de puissance américaine déséquilibrée, et encore récemment, lors de l'invasion désastreuse de l'Irak par George W. Bush.

Mais ce qui est vraiment effrayant, ce ne sont pas nos Achab, les faucons qui veulent régulièrement renvoyer à coups de bombes un pays misérable, que ce soit au Vietnam ou en Afghanistan, à l'âge de la pierre. Ce sont les types respectables qui sont la véritable « terreur de notre époque », comme Noam Chomsky les a collectivement désignés il ya près de 50 ans. Les personnages vraiment effrayants sont nos politiciens les plus austères, des universitaires, des journalistes, des professionnels et des gestionnaires, des hommes et des femmes (bien que ce soit la plupart du temps des hommes) qui se croient moralement responsables, et qui rendent dès lors les guerres possibles, qui dévastent la planète, et rationalisent les atrocités. Ils représentent un modèle qui est avec nous depuis longtemps. Il ya plus d'un siècle et demi, Melville, qui avait un capitaine pour chaque face de l'empire, les a parfaitement exprimés - pour son époque et pour la nôtre.

Au cours des six dernières années, j'ai fait des recherches sur la vie d'un tueur de phoques américain, un capitaine de navire nommé Amasa Delano, lequel, dans les années 1790, a été parmi les premiers habitants de la Nouvelle-Angleterre à naviguer dans le Pacifique Sud. L'argent coulait à flots, les phoques étaient nombreux, et Delano et les autres capitaines de navires établirent les premières colonies américaines non officielles sur les îles au large des côtes du Chili. Ils opéraient sous l’égide d’un conseil informel des capitaines, répartissaient les territoires, rendaient les dettes contractées exécutoires, célébraient le 4 Juillet, et ont mis en place des tribunaux ad hoc. En l'absence de Bible disponible, les œuvres complètes de William Shakespeare, qu’on trouvait dans les bibliothèques de la plupart des navires, étaient utilisés pour prêter serment.

Au cours de sa première expédition, Delano a emporté des centaines de milliers de peaux de phoque en Chine, où il les a échangées contre des épices, de la céramique et du thé à ramener à Boston. Pendant la seconde expédition, qui fut un échec, cependant, un événement a lieu qui va rendre Amasa célèbre - au moins parmi les lecteurs du roman d'Herman Melville.

Voici ce qui s'est passé : un jour de février 1805 dans le Pacifique Sud, Amasa Delano a passé près d'une journée complète à bord d'un navire négrier espagnol délabré, conversant avec son capitaine, aidant aux réparations, et distribuant nourriture et eau aux passagers assoiffés et affamés, une poignée d'Espagnols et environ 70 hommes et femmes qu'il pensait être des esclaves provenant d’Afrique de l'Ouest. Ce n'était pas le cas.

Ces Africains de l'Ouest s'étaient rebellés des semaines plus tôt, tuant la plupart de l'équipage espagnol, ainsi que le négrier qui les menait au Pérou pour être vendus, et exigeant de retourner au Sénégal. Quand ils repérèrent le navire de Delano, ils montèrent une machination : le laisser monter à bord et agir comme s’ils étaient encore esclaves, afin de gagner du temps pour saisir le vaisseau et les fournitures du phoquier. De façon très remarquable, pendant neuf heures, Delano, un marin expérimenté et parent éloigné de futur président Franklin
Delano Roosevelt, fut convaincu qu'il était sur un navire négrier en détresse mais fonctionnant normalement.

Ayant à peine survécu à la rencontre, il décrivit son expérience dans ses mémoires, que Melville a lu et a transformé en ce que beaucoup considèrent comme son "autre" chef-d'œuvre. Publié en 1855, à la veille de la guerre civile, Benito Cereno est l'une des histoires les plus sombres de la littérature américaine. Le livre est narré du point de vue d'Amasa Delano alors qu’il erre perdu dans le monde parallèle de ses propres préjugés raciaux .

Une des choses qui ont attiré Melville vers le Amasa historique est sans aucun doute la juxtaposition entre son joyeux amour-propre - il se considère comme un homme moderne, un libéral opposé à l'esclavage - et son inconscience complète du monde social qui l’entoure. Le véritable Amasa était bien intentionné, judicieux, modéré, et modeste .

En d'autres termes, ce n'était pas Achab, dont la poursuite vengeresse d'une baleine métaphysique a été utilisée[2] comme allégorie de tous les excès américains, de chaque guerre catastrophique, de chaque politique environnementale désastreuse, depuis le Vietnam et l'Irak jusqu’à l'explosion de la plateforme pétrolière de BP dans le Golfe du Mexique en 2010.

Achab, qui déambule avec sa jambe de bois sur la plage arrière de son navire condamné, pénètre les rêves de ses hommes dormant en-dessous comme les « dents broyeuses des requins ». Achab, dont l’obsession est une extension de l'individualisme né de l'expansion américaine et dont la rage est celle d'un ego qui refuse de se limiter aux frontières de la nature. « Notre Achab », comme dit un soldat dans le film d'Oliver Stone Platoon à propos d’un sergent impitoyable qui tue de façon insensée d’innocents Vietnamiens.

Achab est certainement une des faces de la puissance américaine . Dans le cadre de la rédaction d'un livre sur l'histoire qui a inspiré Benito Cereno, j'en suis venu à penser que c'est pas la plus effrayante – ni même la plus destructrice des faces américaines. Voyez plutôt Amasa.

Tuer les phoques

Depuis la fin de la guerre froide, le capitalisme extracteur s'est répandu dans notre monde post- industriel avec une force prédatrice qui choquerait même Karl Marx. Du Congo riche en minéraux aux mines d'or à ciel ouvert du Guatemala, de la Patagonie chilienne récemment encore vierge jusqu'aux champs de fracturation hydraulique (fracking) de la Pennsylvanie et à la fonte de l'Arctique au nord, il n'y a aucune crevasse où une quelconque roche, liquide ou gaz utile puissent se cacher, pas de jungle assez interdite pour éloigner les plates-formes pétrolières et les tueurs d'éléphants, pas de glacier inaccessible comme une citadelle, pas de schiste dur qui ne puisse être fragmenté, pas d'océan qui ne puisse être empoisonné .

Et Amasa était là au début. La fourrure de phoque peut ne pas avoir été la première ressource naturelle précieuse du monde, mais la chasse au phoque a représenté l'une des premières expériences de la jeune Amérique d’extraction des ressources (d’abord en expansion puis en récession) au-delà de ses frontières.

Avec une fréquence de plus en plus grande à partir du début des années 1790, puis dans une course folle à partir de 1798, les navires ont quitté New Haven, Norwich, Stonington, New London et Boston, en route pour le grand archipel d'îles éloignées allant en demi-lune de l'Argentine dans l'Atlantique au Chili dans le Pacifique. Ils étaient à la recherche de l'otarie à fourrure, qui porte une couche de duvet, comme un sous-vêtement, juste en dessous d’une couche extérieure de poils gris-noir raides.

Dans Moby Dick, Melville a décrit la chasse comme l'industrie américaine par excellence. Brutale et sanglante, mais aussi humanisante, car travailler sur un baleinier nécessite coordination et camaraderie intenses. Du côté révoltant de la chasse, de l’arrachage de la peau de la baleine de sa carcasse, et de l'ébullition infernale de la graisse, émerge quelque chose de sublime : la solidarité humaine entre les travailleurs.

Et comme l'huile de baleine qui allumait les lampes du monde, la divinité elle-même rayonnait de la main : «Tu la verras briller dans le bras qui manie la pioche ou enfonce un clou ;  la dignité démocratique qui, sur toutes les mains, rayonne sans fin de Dieu. "[3]

La chasse au phoque était tout autre chose. Vient à l'esprit non pas la démocratie industrielle, mais l'isolement et la violence de la conquête, le colonialisme et la guerre. La chasse à la baleine avait lieu dans un domaine maritime commun ouvert à tous. La chasse au phoque avait lieu sur terre. Les chasseurs de phoque ont accaparaient des territoires, se battaient les uns contre les autres pour les garder, et en retiraient toutes les richesses qu'ils pouvaient aussi vite que possible avant d'abandonner leurs revendications sur des îles vides et dévastées. Le processus opposait des marins désespérés à des officiers tout aussi désespérés dans un système de relations de travail que l'on peut imaginer, fondé sur le tout ou rien.

En d'autres termes, la chasse à la baleine peut avoir représenté la puissance prométhéenne de la proto- industrialisation, avec tout le bien (solidarité, interdépendance et démocratie ) et le mauvais (l'exploitation des hommes et de la nature ) qui allait avec, mais la chasseau phoque prédit mieux le monde postindustriel d'aujourd'hui, miné, chassé, percé, soumis au fracking[4], brûlant, et semé de mines (strip-mined ?)

Les phoques ont été tués par millions et avec une désinvolture choquante. Un groupe de chasseurs s’installait entre la mer et les colonies et simplement commençait à matraquer. Un seul phoque fait du bruit comme une vache ou un chien, mais des dizaines de milliers d'entre eux ensemble, comme l’ont déclaré des témoins, résonnent comme un cyclone du Pacifique. Une fois que nous « avions commencé le travail de la mort », se souvient un phoquier, « la bataille me causait une terreur considérable ».

Les plages du Pacifique Sud en vinrent à ressembler à l'enfer de Dante. Comme le matraquage se poursuivait, des montagnes de carcasses dépecées, fumantes s’entassaient et des torrents de sang rendaient les plages rouges. Le meurtre était incessant, se poursuivant la nuit à la lumière des feux allumés avec les cadavres de phoques et des pingouins.

Et gardez à l'esprit que ce massacre massif a eu lieu non pas pour quelque chose comme l'huile de baleine, utilisée par tous pour s’éclairer et se chauffer. La fourrure de phoque était récoltée pour réchauffer les riches et répondre à une demande créée par une nouvelle phase du capitalisme : la consommation ostentatoire[5]. Les peaux étaient utilisées pour les capes, manteaux, manchons, mitaines des dames, et pour les gilets des gentlemen. La fourrure des bébés phoques n'était pas très appréciée, de sorte que certaines plages ont été tout simplement transformées en orphelinats pour phoques, avec des milliers de nouveau-nés qu’on laissait mourir de faim. À la rigueur cependant, leur fourrure duveteuse, aussi, pouvait être utilisée - pour faire des portefeuilles.

Parfois, les éléphants de mer étaient capturés pour leur pétrole d'une manière encore plus horrible : quand ils ont ouvert la bouche pour hurler , leurs chasseurs y jetaient des pierres et ensuite commençaient à les percer de leurs longues lances. Percé à plusieurs endroits comme un Saint-Sébastien, du système circulatoire à haute pression de l'animal sortaient « des fontaines de sang, jaillissant à une distance considérable ».

Au début, le rythme frénétique des massacres n'avait pas d'importance : il y avait tellement de phoques. D'une seule île, estimait Amasa Delano, il y avait « deux à trois millions d'entre eux «  quand les marins de la Nouvelle-Angleterre arrivèrent les premiers pour faire « une industrie de tuer les phoques ».

« Beaucoup d'entre eux auraient été tués dans la nuit », écrit un observateur, « que le matin on ne les verrait pas manquer». Il semble en effet que vous pouviez tuer tout le monde, un jour, puis recommencer le lendemain. En quelques années, cependant, Amasa et ses compagnons chasseurs avaient livré tant de peaux de phoque en Chine que les entrepôts de Canton ne pouvaient pas les contenir. Ils ont commencé à s'accumuler sur les quais, à se décomposer à la pluie, et leur prix s'est effondré .

Pour reconstituer leur bénéfice, les chasseurs accélérèrent encore le rythme de la tuerie - jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à tuer. De la sorte, l'offre excédentaire et l'extinction sont allées de pair. Au cours du processus, la coopération entre les chasseurs de phoques a fait place à des batailles sanglantes à propos de colonies en cours d’extinction. Auparavant, il ne fallait que quelques semaines et une poignée d'hommes pour remplir de peaux la cale d'un navire. Ces colonies commençant à disparaître, cependant, il y avait besoin de plus en plus d'hommes pour trouver et pour tuer le nombre de phoques ; ils étaient souvent laissés sur des îles désertes pour des campagnes de deux ou trois ans, à vivre seuls dans de misérables huttes sous un climat maussade, en se demandant si leurs navires reviendraient jamais les chercher.

« Île après île, côte après côte », a écrit un historien, « les phoques avaient été détruits jusqu’au dernier chiot disponible, en se fondant sur la supposition que si le chasseur de phoques Tom ne tuait pas tous les phoques en vue, le chasseur de phoques Dick ou Harry ne serait pas dégoûté ». En 1804, sur l'île même où Amasa estimait qu'il y avait eu des millions de phoques, il y avait plus de marins que de proies. Deux ans plus tard, il n'y avait plus de phoques du tout.

La machinerie des civilisations

Il existe une symétrie inverse presque parfaite entre le réel Amasa et le fictif Achab, chacun représentant une face de l'empire américain. Amasa est vertueux, Achab vengeur. Amasa semble pris au piège par la superficialité de sa perception du monde. Achab est profond, il scrute les profondeurs. Amasa ne peut pas voir le mal (surtout pas le sien). Achab ne voit que la « malignité intangible de la nature ».

Les deux sont des représentants des industries les plus prédatrices de leur temps, leurs navires transportant ce que Delano a un jour appelé la « machinerie de la civilisation » dans le Pacifique, en utilisant l'acier, le fer et le feu pour tuer les animaux et transformer leurs corps en valeur sur place.

Pourtant, Achab est l'exception, un rebelle qui chasse sa baleine blanche contre toute logique économique rationnelle. Il a détourné la « machinerie » que son navire représente et il s’est révolté contre la « civilisation ». Il poursuit sa course chimérique en violation du contrat qu'il a avec ses employeurs. Lorsque son second, Starbuck, insiste sur le fait que son obsession va mettre à mal les profits des propriétaires du navire Achab rejette l'inquiétude : « Que les propriétaires se tiennent sur la plage de Nantucket et étouffent les typhons. De qui se soucie Achab ? Les propriétaires, les propriétaires ? Tu es toujours à me rebattre les oreilles, Starbuck, avec ces propriétaires avares, comme si les propriétaires étaient ma conscience ».

Les insurgés comme Achab, quelque dangereux qu’ils soient pour les gens autour d'eux, ne sont pas les principaux facteurs de destruction. Ce ne sont pas eux qui chassent les animaux jusqu’à frôler l'extinction - ou qui forcent aujourd'hui le monde aux limites. Ce sont plutôt les hommes qui n'ont jamais fait dissidence, que ce soit à la ligne de front de l'extraction ou dans les coulisses des entreprises qui gèrent la destruction de la planète, jour après jour, inexorablement, sans scandale ni préavis, leurs actions sous le contrôle d’une série d’abstractions et de calculs de plus en plus financiers effectués dans les bourses de New York, Londres et Shanghai.

Si Achab est encore l'exception, Delano est encore la règle. Tout au long de ses longs mémoires, il se révèle comme jamais fidèle aux coutumes et aux institutions du droit maritime, ne voulant pas prendre de mesures qui pourraient nuire aux intérêts de ses investisseurs et de ses assureurs. « Toutes les mauvaises conséquences », écrit-il, décrivant l'importance de protéger les droits de propriété, « peut être évitée par une personne ayant connaissance de son devoir, et disposée à obéir fidèlement à ses diktats. »

C’est dans la réaction de Delano aux rebelles Afrique de l'Ouest, une fois qu'il se rend finalement compte qu'il a été la cible d'un montage minutieusement mise en scène, que la distinction séparant le phoquier du baleinier devient clair. L’hypnotique Achab - le « vieux chêne de tonnerre – fourchu » - a été pris pour un prototype du totalitaire du XXe siècle, pour un Hitler unijambiste ou pour un Staline qui utilise son magnétisme émotionnel pour convaincre ses hommes de le suivre volontairement dans sa chasse fatale de Moby Dick.

Delano n'est pas un démagogue. Son autorité est enracinée dans une forme beaucoup plus commune de pouvoir : le contrôle de la main-d'œuvre ainsi que la conversion de ressources naturelles en diminution en produits commercialisables. Quand les phoques ont disparu, il en a été de même pour son autorité. Ses hommes ont commencé à râler et à comploter. À son tour, Delano a dû compter de plus en plus sur les châtiments corporels, sur le fouet même pour les infractions les plus mineures, pour maintenir le contrôle de son navire - jusqu'à ce que, bien sûr, il tombe sur le négrier espagnol. Delano pouvait bien avoir été personnellement opposé à l'esclavage, une fois qu’il a réalisé qu'il avait été joué comme un débutant, il a organisé ses hommes pour reprendre le bateau négrier et pour maîtriser les rebelles avec violence. Au cours de l’opération, ils éventrèrent certains des rebelles à l'aide de leurs harpons pour phoques, que Delano décrit comme « extrêmement aiguisés et aussi brillants que l'épée d'un gentleman » en les laissant se tordre dans leurs viscères.

Pris dans les tenailles de l'offre et de la demande, pris au piège dans le tourbillon de l'épuisement écologique, sans le moindre phoque à tuer, sans argent à gagner, et son équipage au bord de la mutinerie, Delano rallia ses hommes à la chasse - pas la chasse à la baleine blanche, mais celle aux rebelles noirs. Ce faisant, il rétablit son autorité en passe de s'effilocher. Quant aux rebelles survivants, Delano les rendit à nouveau esclaves. La bienséance, bien sûr, commandait de les retourner, eux et le navire, aux propriétaires.

Nous sommes nous-mêmes des Amasa

Avec Achab, Melville regarde vers le passé, en fondant son capitaine obsédé sur Lucifer, l'ange déchu en révolte contre les cieux, et en l'associant à la « destinée manifeste » de l'Amérique avec la marche sans relâche de la nation au-delà de ses frontières. Avec Amasa, Melville entrevoit l'avenir. S'appuyant sur les mémoires d'un vrai capitaine, il a créé un nouvel archétype littéraire, un homme moral sûr de sa justice encore qu’incapable de faire le lien entre la cause et l’effet, sans se soucier des conséquences de ses actes, même comme il court à la catastrophe .

Ils sont toujours parmi nous, nos Amasa. Ils connaissent leur devoir et sont disposés à suivre fidèlement ses préceptes, même jusqu'au bout et à la fin du monde (even unto the ends of the Earth).

La traduction est utilitaire, comme d'habitude. l'original anglais est en commentaire, comme d'habitude.

Le nouveau livre de Greg Grandin, The Empire of Necessity:  Slavery, Freedom, and Deception in the New World, L'Empire de la nécessité : l'esclavage, la liberté, et la tromperie dans le Nouveau Monde, vient d'être publié.© 2014 Greg Grandin.

 



[1] Pour écrire Benito Cereno (1855), Melville s'est inspiré du journal de bord du capitaine Amaso Delano commandant le Perseverence. En 1799, pour faire le plein d'eau, le navire du capitaine Amaso Delano, mouille dans une petite île au sud du Chili. Arrive sur le même mouillage le San Dominick, un négrier espagnol en piteux état, commandé par le jeune Benito Cereno, pas plus vaillant que son navire, toujours accompagné d'un serviteur noir, Babo. Le capitaine espagnol raconte son odyssée qui devait le mener de Buenos Aires à Lima, avec tempête au cap Horn, scorbut pour les cinquante matelots et les trois cents esclaves noirs. Delano fait apporter de l'eau et des vivres fraîches mais se pose des questions. Il quitte le navire quand, soudain, l'espagnol et son domestique sautent dans sa baleinière. Armé de deux dagues, Babo attaque les deux capitaines, mais il est rapidement maîtrisé. Cereno peut alors fournir des explications : les Noirs se sont mutinés, ils ont massacré un grand nombre de Blancs et pris le navire. Delano réussit à reprendre le contrôle du négrier et le mène à Lima. Après jugement, Babo est exécuté et Benito Cereno se retire dans un monastère. (résumé provenant de Wikipédia)

[2] Voir par exemple  The Ahab Parallax: ‘Moby Dick’ and the Spill By RANDY KENNEDY Published: June 12, 2010 http://www.nytimes.com/2010/06/13/weekinreview/13kennedy.html?pagewanted=all&_r=2&

[3] Moby Dick, ch. 26 Thou shalt see it shining in the arm that wields a pick or drives a spike; that democratic dignity which, on all hands, radiates without end from God.

[4] Fracking : fracturation hydraulique des schistes pour en extraire les hydrocarbures. Pas encore de mot français à ma connaissance

[5] la formule est due à Thorstein Veblen et exposée pour la première fois en 1899 dans son ouvrage Théorie de la classe de loisir.