Je souhaite à tous les familiers de ce blog une joyeuse Saint Valentin. Et pour vous mettre au parfum....

 

La respiration et notre sens mystérieux de l'odorat  

« Chaque jour , nous respirons environ 23 040 fois et nous déplaçons 438 pieds cubes d'air[1]. Il nous faut environ cinq secondes pour respirer - deux secondes pour inspirer et trois secondes pour expirer - et, pendant ce temps, des molécules d'odeurs inondent nos systèmes. En inspirant comme en expirant, nous sentons des odeurs ....

« Toutes les odeurs tombent dans quelques catégories de base, presque comme les couleurs primaires : mentholée (menthe poivrée) , florale (rose), éthérée (poires), musquée (musc), résineuse (camphre), fétide (foul) (œuf pourri), et âcre (vinaigre). C'est pourquoi les fabricants de parfum ont eu un tel succès à concocter des bouquets floraux ou tout simplement la bonne proportion entre musqué et fruité. Les substances naturelles ne sont plus nécessaires ; les parfums peuvent être fabriqués au niveau moléculaire en laboratoire. L'un des premiers parfums basés sur une odeur complètement synthétique (un aldéhyde ) a été le n° 5 de Chanel, qui a été créé en 1922 et est resté un classique de la féminité sensuelle. Cela a conduit aussi à des observations classiques. Marilyn Monroe interrogée par un journaliste sur ce qu'elle portait au lit, répondit timidement « Chanel n° 5 ». Sa note de tête – celle que vous sentez d’abord - est l'aldéhyde, puis le nez détecte la note moyenne de jasmin, de rose, de muguet, d'iris et d'ylang-ylang, et enfin la note de fond, qui « porte » le parfum et le rend durable : vétiver, bois de santal, de cèdre, de vanille, d'ambre, civette, musc. Les notes de fond sont presque toujours d'origine animale, anciens émissaires de l'odorat qui nous transporte à travers les forêts et les savanes.

Marilyn et Chanel

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« Pendant des siècles, les gens ont tourmenté et parfois abattu les animaux pour obtenir quatre sécrétions glandulaires : l’ambre gris (le liquide huileux que le cachalot utilise pour protéger son estomac de l'épine dorsale coupante de la seiche ainsi que du bec pointu du calmar, dont il se nourrit), le castoréum (qui se trouve dans les sacs abdominaux de castors canadiens et russes, et utilisé par eux pour marquer leur territoire), la civette (une sécrétion mielleuse provenant de la zone génitale du chat éthiopien, nocturne et carnivore ), et le musc (une sécrétion gélatineuse rouge provenant des viscères d'un cerf asiatique) .... Parce que le musc animal est très proche de la testostérone humaine, nous pouvons le sentir dans les parties d'aussi peu que 0,000000000000032[2] d'une once. Heureusement, les chimistes disposent désormais de vingt muscs synthétiques, en partie parce que les animaux sont menacées d’extinction, et en partie pour assurer une continuité de l'odeur difficile à réaliser avec des substances naturelles. Une question évidente : pourquoi les sécrétions des glandes odoriférantes des cerfs, sangliers, chats et autres animaux suscitent-elles le désir sexuel chez l'homme ? La réponse semble être qu'ils présentent la même forme chimique qu’un stéroïde, et que lorsque nous les sentons, nous pouvons répondre comme nous le ferions à des phéromones humains ?. En effet, lors d’une expérience menée chez International Flavors and Fragrances, les femmes qui ont reniflé le musc ont développaient des cycles menstruels plus courts, ovulaient plus souvent, et trouvaient plus facile de tomber enceintes (concevoir ?). Le parfum importe-t-il ? N'est ce pas un pur emballage ? pas nécessairement. Les odeurs nous influencent-elles biologiquement ? Absolument. Le musc produit un changement hormonal chez la femme qui le sent. Quant à savoir pourquoi les odeurs florales devraient nous exciter, notons que les fleurs ont une vie sexuelle robuste et énergique : le parfum d'une fleur déclare à tout le monde qu'elle est fertile, disponible, et désirable, avec ses organes sexuels débordant de nectar. Son odeur nous rappelle de façon vestigiale de la fécondité, de la force de vie, de tout l'optimisme, l'espérance, et de la floraison passionnée de la jeunesse. Nous inhalons son arôme ardent et, quelles que soient notre âge, nous nous sentons jeunes et nubiles dans un monde embrasé de désir ....

« Nous avons juste besoin de huit molécules d'une substance pour déclencher une impulsion dans une terminaison nerveuse, mais quarante terminaisons nerveuses doivent être excitées (éveillées ?) avant nous sentions quelque chose. tout n’a pas d’odeur : seules les substances assez volatils pour pulvériser des particules microscopiques dans l'air. Beaucoup des choses que nous rencontrons chaque jour - y compris la pierre, le verre, l'acier et l’ivoire - ne s'évaporent pas quand elles sont maintenues à la température ambiante, de sorte que nous ne les sentons pas .... L’apesanteur fait perdre aux astronautes le goût et l'odeur dans l'espace. En l'absence de gravité, les molécules ne peuvent être volatiles, et donc peu d'entre elles nous entrent dans le nez assez profondément pour être enregistrées comme des odeurs. C'est un problème pour les nutritionnistes chargés de concevoir la nourriture spatiale. Une grande partie de la saveur des aliments provient de son odeur ; quelques chimistes ont été jusqu’à prétendre que le vin est tout simplement un liquide insipide mais qui est profondément parfumé. Buvez du vin avec la tête froide, et vous aurez le goût de l'eau, disent-ils. Avant que quelque chose puisse être dégusté, ça doit être dissous dans un liquide (par exemple un bonbon dur doit fondre dans la salive), et avant que quelque chose puisse être senti, ce doit être en suspension dans l'air. Nous goûtons seulement quatre saveurs : sucrée, acide, salée, et amère. Cela signifie que tout ce que nous appelons « goût » est en réalité « odeur ». Et bien des aliments que nous pensons pouvoir sentir, nous ne pouvons que les goûter. Le sucre n'est pas volatile, donc nous ne le sentons pas, même si nous le goûtons intensément. Si nous avons la bouche pleine de quelque chose de délicieux, que nous voulons savourer et contempler, nous expirons, ce qui entraîne l'air de notre bouche dans nos récepteurs olfactifs, afin que nous puissions mieux le sentir ».

 

Extrait de Une histoire naturelle des sens (A Natural History of the Senses) de Diane Ackerman. Vintage Books (Random House) éditeur. © Diane Ackerman 1990, pages : 6-7, 11-13



[1] 12,4 mètres cubes

[2]  0.032oz = 0.90718g. rajoutez douze zéros derrière l virgule…