pour saluer le vingt-cinquième anniversaire du départ des troupes soviétiques d'Afghanistan.. et en attendant le départ des suivants.

 

De 1855 à 1859 Theodor Fontane a été correspondant à Londres de la Prusse pour les affaires de presse,la Centralstelle für Preßangelegenheiten : il a fait découvrir aux Allemands l’art des préraphaélites, tout en étant réservé sur les Anglais (“la musique, on le sait, est le talon d’Achille de l’Angleterre”) et leur système social (“l’Angleterre et l’Allemagne se comparent comme la forme se compare au fond”)

En 1857, il a lu l’histoire du désastre de l’armée de William Elphinstone pendant la première guerre Anglo-Afghane, et il écrit Das Trauerspiel von Afghanistan, la tragédie afghane. La ressemblance avec la bataille d’Arminius n’a pas dû échapper à Fontane.

Nina Hagen, qu’on n’attend pas vraiment ici, le chante : http://www.youtube.com/watch?v=B7oREDYMbt4.

le contexte historique : en novembre 1841 des insurgés Afghans afghans, menés par Mohammed Akbar Khan, le fils du chef Afghan Dost Mohammed, exilé par les Anglais l’année précédente, attaquent l’ambassade britannique et les camps situés dans et autour de Kaboul. Une partie de la garnison et tuée, le reste résiste dans des cantonnements aux fortifications de fortune. Mal conduites par un vieux général qui n’aspire qu’à une vie tranquille, les troupes anglaises semblent incapables de mener un combat. Le 6 Janvier 1842 le général Elphinstone se met d’accord avec Akbar pour que le reste de la garnison britannique quitte Kaboul et traverse les cols de l’Himalaya pour passer en Inde (anglaise). Akbar promet un sauf-conduit. En fait de sauf-conduit, la colonne britannique, qui incluait des civils, des femmes et des enfants, car Kaboul était plutôt une ville de garnison qu’un camp militaire, est attaquée par des partisans (tribesmen) afghans dans les cols. Les tués seront nombreux et les autres mourront de froid et de faim. Il n’y aura qu’un seul survivant parmi les 16 000 personnes qui avaient quitté Kaboul, le docteur Brydon qui arrive en titubant, sérieusement blessé, au fort de Jalalabad, près de la frontière entre l’Afghanistan et l’Inde anglaise le 13 Janvier 1842. Tous les autres sont morts en route. Le col est encore rempli de cadavres en juillet 1842 quand une armée anglaise y passe, en route pour Kaboul qu’elle reprend. Les Anglais accepteront alors le retour de Dost Mohammed sur le trône, ce qui leur aurait épargné ce désastre s’ils l’avaient accepté un an plus tôt.

Sources : Philip Oltermann London Review of Books, http://www.lrb.co.uk/blog/ 8/12/2010, Wikipedia pour le texte allemand et

http://lostfort.blogspot.com/2006/11/tragedy-of-afghanistan-poem.html pour la traduction en anglais ci-jointe et le contexte historique.

 Das Trauerspiel von Afghanistan (la  traduction est juste après)

Der Schnee leis stäubend vom Himmel fällt,

Ein Reiter vor Dschellalabad hält,

„Wer da!“ – „„Ein britischer Reitersmann,

Bringe Botschaft aus Afghanistan.““

 

Afghanistan! er sprach es so matt;

Es umdrängt den Reiter die halbe Stadt,

Sir Robert Sale, der Commandant,

Hebt ihn vom Rosse mit eigener Hand.

 

Sie führen in’s steinerne Wachthaus ihn,

Sie setzen ihn nieder an den Kamin,

Wie wärmt ihn das Feuer, wie labt ihn das Licht,

Er athmet hoch auf und dankt und spricht:

 

„Wir waren dreizehntausend Mann,

Von Cabul unser Zug begann,

Soldaten, Führer, Weib und Kind,

Erstarrt, erschlagen, verrathen sind.

 

„Zersprengt ist unser ganzes Heer,

Was lebt, irrt draußen in Nacht umher,

Mir hat ein Gott die Rettung gegönnt,

Seht zu, ob den Rest ihr retten könnt.“

 

Sir Robert stieg auf den Festungswall,

Offiziere, Soldaten folgten ihm all’,

Sir Robert sprach: „Der Schnee fällt dicht,

Die uns suchen, sie können uns finden nicht.

 

„Sie irren wie Blinde und sind uns so nah,

So laßt sie’s hören, daß wir da,

Stimmt an ein Lied von Heimath und Haus,

Trompeter, blas’t in die Nacht hinaus!“

 

Da huben sie an und sie wurden’s nicht müd’,

Durch die Nacht hin klang es Lied um Lied,

Erst englische Lieder mit fröhlichem Klang,

Dann Hochlandslieder wie Klagegesang.

 

Sie bliesen die Nacht und über den Tag,

Laut, wie nur die Liebe rufen mag,

Sie bliesen – es kam die zweite Nacht,

Umsonst, daß ihr ruft, umsonst, daß ihr wacht.

 

Die hören sollen, sie hören nicht mehr,

Vernichtet ist das ganze Heer,

Mit dreizehntausend der Zug begann,

Einer kam heim aus Afghanistan.

 

Theodor Fontane 1859


La neige tombe doucement en poudreuse du ciel

Un cavalier devant Djellalahbad s’arrête,

« Qui va là ? »— « Un de la cavalerie britannique

J’apporte un message d’Afghanistan. »

 

Afghanistan ! il le disait si faiblement

Se presse autour du cavalier la moitié de la ville

Sir Robert Sale, le Commandant

Lui prête la main pour descendre de cheval.

 

Ils le mènent dans un poste de garde en pierre

Ils le font asseoir près de la cheminée

Comme le feu le réchauffe, comme la lumière le réconforte

il va chercher son souffle, remercie et parle :

 

« Nous étions treize mille hommes

À démarrer notre chemin de Kaboul.

Soldats, guides, femmes et enfants

Glacés, abattus, trahis.

 

Dispersée est notre armée entière.

Ce qui survit erre dehors dans la nuit alentour

À moi Dieu a accordé le salut.

Voyez s’il est possible de sauver le reste. »

 

Sir Robert a grimpé sur la muraille du fort

Les officiers, les soldats tous l’ont suivi

Sir Robert parla : « La neige tombe épaisse

Ceux qui nous cherchent ne peuvent nous trouver.

 

Ils errent en aveugles et sont si près de nous

Qu’on leur fasse entendre que nous sommes là

Chantez un chant du pays natal, bien de chez nous,

Trompettes, résonnez dans la nuit du dehors ! »

 

Ils  commencèrent et sans ressentir la fatigue

Au  travers de la nuit résonne chant après chant,

D’abord des chansons anglaises d’un ton joyeux

Puis des chants des Highlands, comme des plaintes

Ils ont joué la nuit et le jour suivant

Fort, comme seul l’amour peut donner de la voix

Ils ont joué, et puis est venue la seconde nuit.

C’est en vain que vous criez, en vain que vous  regardez.

 

Ceux qui devaient entendre, ils n’entendent plus

L’armée entière est anéantie

Des treize mille à prendre le chemin

Un seul est rentré chez lui d’Afghanistan.

 Traduction J-o

 

 

Snow like powder from the sky softly falls,

When before Djelalabad a rider halts.

"Who's there" - "A caval'rist from Britains army

A message from Afghanistan I carry."

 

Afghanistan. So weakly he'd said.

Half the town around him had met;

The British commander, Sir Robert Sale,

Helped to dismount the man who's face was so pale.

 

Into a guard-house they guided him

And made him sit at the fire's brim;

How warm was the fire, how bright was its shine,

He takes a deep breath, and begins to explain.

 

"Thirteen thousand men we had been,

When our outset from Kabul was seen -

Now soldiers, leaders, women and bairn

They are betrayed, and frozen and slain.

 

"Dispersed is the entire host,

Who is alive, in the darkness is lost.

A God to me salvation has sent -

To save the rest you may make an attempt."

 

Sir Robert ascends the castle wall,

And soldiers and officers follow him all,

Sir Robert speaks "How dense the snow falls,

How hard they may seek, they'll never see the walls.

 

"Like blindfold they'll err and yet are so near,

The way to their safety, now let it them hear,

Play songs of old, of the homeland so bright;

Bugler, let thy tune carry far in the night."

 

And they played and sang, and time passed by,

Song over song through the night they let fly,

The songs of their home so far and so dear,

And old Highland laments so mournful to hear.

 

They played all night and the following day,

They played like only love made them play;

The songs were still heard, but darkness did fall.

In vain is your watch, in vain is your call.

 

Those who should hear, they'll hear nevermore,

Destroyed, dispersed is the proud host of yore;

With thirteen thousand their trail they began.

Only one man returned from Afghanistan.