Hommage à Kofi Awoonor (suite)
Aujourd'hui, deux pèmes très connus (connus des anglophones, j'entends) et une recension critique d'origine ghanéenne. Je ne pense pas que ces textes aient déjà été traduits, en tout cas je n'ai pas trouvé trace de traduction. Il s'agit d'une tentative de pénétrer un monde qui m'est mal connu. Des erreurs sont probables, des contresens sont possibles. Merci d'avance de me signaler les bourdes.
This Earth, My Brother
The dawn crack of sounds known
rending our air
shattering our temples toppling
raising earthwards our cathedrals of hope,
in demand of lives offered on those altars
for the cleansing that was done long ago.
Within the airwaves we carry
our hutted entrails; and we pray;
shrieks abandoned by lonely road-sides
as the gunmen’s boots tramp.
I lift up the chalice of hyssop and tears
to touch the lips of the thirsty
sky-wailing in a million spires
of hate and death; we pray
bearing the single hope to shine
burnishing in the destiny of my race
that glinting sword of salvation.
In time my orchestra plays my music
from potted herbs of anemone and nim
pour upon the festering wounds of my race,
to wash forever my absorbent radiance
as we search our granary for new corn.
There was that miracle we hoped for
that salvation we longed for
for which we said many prayers
offered many offerings.
In the seasons of burning feet
of bad harvest and disastrous marriages
there burns upon the glint edge of that sword
the replica of the paschal knife.
The sounds rounded our lonely skies
among the nims[1] the dancers gather their cloths
stretching their new-shorn hides off offered cows
to build themselves new drums.
Sky-wailing from afar the distant tramp
of those feet in rhythm
miming underneath them violence.
Along the roads lined with mimosas
the mangled and manacled are dragged
to the cheers of us all.
We strew flowers at the feet of the conquerors
beg for remission of our sins……He will come out of the grave
His clothes thrown around him;
worms shall not have done their work.
His face shall beam the radiance of many suns.
His gait the bearing of a victor,
On his forehead shall shine a thousand stars
he will kneel after the revelation
and die on this same earth.
And I pray
That my hills shall be exalted
And he who washes me,
breathes me
shall die.
They led them across the vastness
As they walked they tottered
and rose again. They walked
across the grassland to the edge of the mound
and knelt down in silent prayer;
they rose again led to the mound,
they crouched
like worshippers of Muhammed.
Suddenly they rose again
stretching their hands to the crowd
in wasteful gestures of identity
Boos and shrieks greeted them
as they smiled and waved
as those on a big boat journey.
A sudden silence fell
as the crowd pushed and yelled
into the bright sharp morning of a shooting.
They led them unto the mound
In a game of blindman’s bluff
they tottered to lean on the sandbags
Their backs to the ocean
that will bear them away.
The crackling report of brens
and the falling down;
a shout greeted them
tossing them into the darkness.
and my mountains reel and roll
to the world’s end.
Cette terre, mon frère
L'aube se fêle de sons connus
déchirant l'air
brisant nos temples, renversant
cul par dessus terre nos cathédrales d'espoir,
dans l’exigence de vies offertes sur les autels
pour le nettoyage qui a été fait il ya longtemps.
Dans les ondes nous portons
nos entrailles abritées, et nous prions;
cris d’abandon le long des bas-côtés solitaires
que martèlent les bottes des hommes armés.
Je lève le calice de l'hysope et des larmes
Pour toucher les lèvres des assoiffés
lamentant au ciel un million de flèches
de haine et de mort; nous prions
portant le seul espoir de briller
polissant dans le destin de ma race
cette épée brillante du salut.
à temps mon orchestre joue ma musique
à partir d'herbes empotées d’anémone et les eaux
se déversent sur les plaies purulentes de ma race,
pour laver pour toujours mon éclat absorbant
quand nous fouillons notre grenier pour trouver du blé nouveau.
Là était ce miracle que nous espérions
ce salut que nous désirions
pour lequel nous avons dit beaucoup de prières
offert de nombreuses offrandes.
Dans les saisons de pieds brûlants
de mauvaises récoltes et de mariages désastreux
ici brûle sur le fil éclatant de l'épée
la réplique du couteau pascal.
Les sons encerclaient nos cieux solitaires
sous les averses[2] les danseurs rassemblent leurs vêtements
étirant les peaux tondues de frais venant des vaches offertes
pour se construire de nouveaux tambours.
Se lamentant au ciel de loin le martèlement lointain
de ces pieds en rythme
mimant sous eux la violence.
Le long des routes bordées de mimosas
les mutilés et les menottés sont traînés
sous les applaudissements de nous tous.
Nous jetons des fleurs aux pieds des vainqueurs
prions pour la rémission de nos péchés ...
... Il va sortir de la tombe
Ses vêtements jetés autour de lui;
Les vers n’auront pas fait leur travail.
Sa face rayonnera de nombreux soleils irradiants.
Sa démarche le sourire d'un vainqueur,
Sur son front brilleront un millier d’étoiles
il s’agenouillera après la révélation
et mourra sur cette même terre.
Et je prie
Que mes collines soient exaltées
Et que celui qui me lave,
me respire
meure.
Ils les conduisirent à travers l'immensité
Alors qu'ils marchaient, ils s'écroulèrent
et ressuscitèrent. Ils marchèrent
à travers la prairie jusqu’au bord de la butte
et se mirent à genoux pour une prière silencieuse;
ils se relevèrent menés à la butte,
ils s’accroupirent
comme des adorateurs de Mahomet.
Soudain, ils se levèrent de nouveau
tendant leurs mains vers la foule
dans d’inutiles gestes d'identité
Lazzis et cris les accueillirent
comme ils souriaient et divaguaient
comme lors d'un grand voyage en bateau.
Un silence soudain tomba
Alors que la foule poussait et hurlait
dans le matin bien clair d'une fusillade.
Ils les ont conduits jusques au monticule
Dans un jeu de colin-maillard
ils vacillaient à se pencher sur les sacs de sable
Le dos face à l'océan
qui va les emporter.
Le rapport crépitant des fusils mitrailleurs
et la chute ;
un cri les salua
les lançant dans les ténèbres.
et mes montagnes vacillent et s’écoulent
jusqu’à la fin du monde
[1] Nim : eau en suga (dialecte camerounais) ?
[2] Traduction conjecturale de nims
L’entrée Kofi Awoonor dans http://www.poetryfoundationghana.org/index.php/poets-connect/poets-directory/item/496-kofi-awoonor est à jour, sa présentation est assez critique, notamment de l’œuvre récente. C’est peut-être ce que disait en filigrane le poète ghanéen Kwame Dawes : « Je me console dans la beauté de cette poésie, et dans le fait qu'à un certain niveau , il était peut-être prêt pour ce qui l’attendait dans ce centre commercial hier. » Voici la traduction de l’entrée anonyme consacrée à Kofi Awoonor sur le site ghanéen.
Kofi Awoonor (né George Awoonor-Williams ) est né à Wheta au Ghana de parents Ewe. Sa grand-mère était une chanteuse de chants funèbres, et beaucoup de ses premières œuvres sont calquées sur ce type de poésie orale Ewe . Selon le critique Derek Wright, la poésie "à la fois s’appuie sur un héritage de familial personnel et ouvre la voie vers un héritage africain plus large. " Dans Redécouverte (1964) et dans Pétales de sang (1971), Awoonor utilise le motif classique du chant funèbre, le «retour contrarié ou douloureux » pour décrire l'expérience d’un africain doté d’une éducation occidentale qui regarde en arrière sa culture autochtone. Le poème le plus célèbre de son premier recueil est " le Tisserin " En cela , il utilise le tisserin , un colonisateur notoire qui détruit son arbre hôte , comme une métaphore de l'impérialisme occidental en Afrique. Il décrit les excréments de l'oiseau comme profanant les lieux sacrés et les fermes . Il accuse également les Africains de céder à la créature.
Awoonor a écrit deux romans. La première, Cette terre, mon frère ... (1971 ) est un roman expérimental , qu'il décrit comme un « poème en prose ». Dans ce document, Awoonor raconte une histoire sur deux niveaux , chacun représentant une réalité distincte . Le premier niveau est un récit classique qui décrit en détail une journée de la vie d'un avocat nommé Amamu . Sur un autre plan , c'est un voyage mystique et symbolique rempli d'allusions bibliques et littéraires. Ces parties du texte traitent de la nouvelle nation du Ghana, qui est représenté par un bébé sur un tas de fumier . Le fumier est à la fois source de pourriture et de renouvellement, et de la sorte représente les fondations sur lesquelles le Ghana a été construit, selon Awoonor .
Awoonor a étét étroitement lié au premier président du Ghana, Kwame Nkrumah. Peu de temps après que Nkrumah a été chassé par un coup d'Etat en 1966, Awoonor s'est exilé. À l'étranger, il a fait des études supérieures et un doctorat , obtenant un doctorat en littérature de l'Université d'Etat de New York à Stony Brook en 1972. Sa thèse a été publiée par la suite sous le titre Le Sein de la Terre ( 1975). Il est retourné au Ghana en 1975. Peu après, il a été arrêté pour sa participation présumée à un complot Ewe. The House by the Sea (1978), un recueil de poèmes, raconte sa vie en prison.
Awoonor n'a pas beaucoup écrit ces derniers temps, mettant plutôt l’accent sur ses activités politiques au Ghana. Malheureusement, cela semble avoir amoindri tant en qualité qu’en quantité sa production littéraire . Son oeuvre récente a été comparé défavorablement à sa production antérieure. Derek Wright qualife son roman le plus récent , Vient enfin le Voyageur (1992), sur le parcours d'un afro-américain au Ghana, de « plat et fatigué. " Il est mort dans l'attaque du centre commercial Westgate au Kenya en Septembre 2013.
Songs of Sorrow
I
Dzogbese Lisa has treated me thus
It has led me among the sharps of the forest
Returning is not possible
And going forward is a great difficulty
The affairs of this world are like the chameleon faeces
Into which I have stepped
When I clean it cannot go.
I am on the world’s extreme corner,
I am not sitting in the row with the eminent
But those who are lucky
Sit in the middle and forget
I am on the world’s extreme corner
I can only go beyond and forget.
My people, I have been somewhere
If I turn here, the rain beats me
If I turn there the sun burns me
The firewood of this world
Is for only those who can take heart
That is why not all can gather it.
The world is not good for anybody
But you are so happy with your fate;
Alas! the travelers are back
All covered with debt.
II
Something has happened to me
The things so great that I cannot weep
I have no sons to fire the gun when I die
And no daughter to wail when I close my mouth
I have wandered on the wilderness
The great wilderness men call life
The rain has beaten me,
And the sharp stumps cut as keen as knives
I shall go beyond and rest.
I have no kin and no brother,
Death has made war upon our house;
And Kpeti’s great household is no more,
Only the broken fence stands;
And those who dared not look in his face
Have come out as men.
How well their pride is with them.
Let those gone before take note
They have treated their offspring badly.
What is the wailing for?
Somebody is dead. Agosu himself
Alas! a snake has bitten me
My right arm is broken,
And the tree on which I lean is fallen.
Agosi if you go tell them,
Tell Nyidevu, Kpeti, and Kove
That they have done us evil;
Tell them their house is falling
And the trees in the fence
Have been eaten by termites
That the martels curse them.
Ask them why they idle there
While we suffer, and eat sand.
And the crow and the vulture
Hover always above our broken fences
And strangers walk over our portion.
Chants de tristesse
I
Dzogbese Lisa m'a traité de telle façon
Que ça m’a conduit au milieu des abrupts de la forêt
Retourner n'est pas possible
Et aller de l'avant est une grande difficulté
Les affaires de ce monde sont comme les crottes de caméléon
Dans lesquels j'ai marché
Quand je nettoie ça ne s’en va pas.
Je suis dans le coin extrême du monde,
Je ne suis pas assis au rang des grands de ce monde
Mais ceux qui ont de la chance
Sont assis au milieu et oublient
Je suis dans le coin extrême du monde
Je peux juste aller au-delà et oublier.
Mon peuple, j'ai été quelque part
Si je me tourne ici, la pluie me bat
Si je me tourne là le soleil me brûle
Le bois de feu de ce monde
N’est fait que pour ceux qui peuvent prendre courage
C'est pourquoi tous ne peuvent pas le ramasser.
Le monde n'est bon pour personne
Mais vous êtes tellement content de votre sort;
Hélas! les voyageurs sont de retour
Tout couverts de dettes.
II
Quelque chose s'est passé pour moi
Les choses si grandes que je ne peux pas pleurer
Je n'ai pas de fils pour tirer au canon quand je mourrai
Et pas de fille pour pleurer quand ma bouche se fermera
J'ai erré dans le désert
Le grand désert que les hommes appellent la vie
La pluie m'a battu,
Et les souches aigües coupent aussi fort que des couteaux
Je vais aller au-delà et me reposer.
Je n'ai ni parents ni frère,
La mort a fait la guerre à notre maison;
Et la grande maison de Kpeti n'est plus,
Ne reste que la seule clôture brisée;
Et ceux qui n'osaient pas regarder son visage
Se sont révélés des hommes.
Combien leur fierté est en eux.
Que ceux qui sont partis avant prennent note
Ils ont mal traité leur progéniture.
Pour quoi est la complainte ?
Quelqu'un est mort. Agosu lui-même
Hélas! un serpent m'a mordu
Mon bras droit est cassé,
Et l'arbre sur lequel je m'appuie est tombé.
Agosi si vous allez leur dire,
Dites à Nyidevu, à Kpeti et à Kove
Ce qu'ils ont nous ont fait le mal;
Dites-leur que leur maison est en ruines
Et que les arbres de la clôture
Ont été mangés par les termites
Que les Martels les maudissent.
Demandez-leur pourquoi ils traînent ici
pendant que nous souffrons, et mangeons du sable.
Et que le corbeau et le vautour
Passent toujours au-dessus de nos clôtures brisées
Et que les étrangers marchent sur notre destin.
traduction : cahiers de l'estran
POETIC ANALYSIS : Songs of sorrow is a poem that is divided into two parts with different themes. The first part of the poem portrays the poverty state at which the poet finds himself, while the second part is a dirge that portrays the lamentation of the poet over the death of his household and neighbours.The first stanza of the poem starts with a blame on the ancestor that isfeatured as Dzogbese Lisa, whom the poet believe that he his the determiner of is life. The poet says that his ancestor has treated him bad by leading him “among the sharps of the forest” The forest as used by the poet is symbolic to the world and the word “sharps” indicates a particular place where things are difficult. The poet furthers by saying that his “returning is not possible and going forward is a great difficulty ”. The two lines imply that any attempt hemakes to change his status is very difficult. Using simile, the poet represents the “affairs of this world ” with the “faeces of the chameleon”, which he stepped on but when he tries to “clean, it cannot go”The second stanza is made of sestet that describes the poet’s position in the world. He sees himself “on the world extreme corner ”, as he his unable to be seen or associated with the influential people in the society. The poet explains here that social stratification could be high, middle and low by saying that some who did not fall in the extreme corner like him are lucky because they “ sit in the middle and forget ” who are less privilege. He says that he “can only go beyond ” his status and that would make him also forgetful.
ANALYSE POÉTIQUE (source http://fr.scribd.com/doc/24563558/Songs-of-Sorrow)
Songs of sorrow (Chants de tristesse) est un poème qui est divisé en deux parties avec des thèmes différents. La première partie du poème décrit l'état de pauvreté où se trouve le poète, tandis que la deuxième partie est un chant funèbre qui dépeint la lamentation du poète sur la mort de son ménage et de ses voisins. La première strophe du poème commence par un blâme sur l'ancêtre qui est défini comme Dzogbese Lisa, que le poète croit être le déterminant de sa vie. Le poète dit que son ancêtre a l’a mal traité en le menant « entre les abrupts de la forêt » La forêt telle qu'elle est utilisée par le poète symbolise le monde et le mot «abrupts (sharps)» indique un endroit particulier où les choses sont difficiles. Le poète poursuit en disant que « retourner n'est pas possible et aller de l'avant est une grande difficulté ». Les deux lignes impliquent que toute les de tentatives de changer son statut est très difficile. Utilisant la comparaison, le poète représente les « affaires de ce monde » avec les « excréments du caméléon », sur quoi il a marché sur mais quand il essaie de « nettoyer, ça ne s’en va pas ». La deuxième strophe est faite de sestet qui décrit la position du poète dans le monde. Il se voit « dans le coin extrême du monde », car il est incapable d’être vu ou associé avec les personnes influentes dans la société. Le poète explique ici que la stratification sociale pourrait être élevée, moyenne ou faible en disant que ceux qui ne sont pas tombés dans le coin extrême comme lui sont chanceux parce qu'ils «sont assis au milieu et oublient» ceux qui sont moins privilégiés. Il dit qu'il « peut juste aller au-delà » de son statut ce qui le rendrait lui aussi oublieux.
Note : je n’ai recours à ces analyses “poétiques” que parce que la poésie et le style de Kofi Awoonor me sont très exotiques. J’en profite pour signaler que ces traductions sont faites pour être corrigées par les lectrices et les lecteurs attentifs.