La guerre de 14 n’aura pas lieu, tel est le titre d’une série aléatoire de documents que je réunis « autour » de la guerre. Les hasards de la toile m’ont amené à lire le 11 novembre dernier un éloge de la guerre préventive. Le titre incongru, et surtout le nom de l’auteur, David P. Goldman, lequel signe ses articles du pseudonyme de Spengler, m’ont amené à lire l’article. Goldman y faisant référence à un ancien article, je suis allé y voir.  Et ainsi de suite…

Vous trouverez ici, dans les jours qui viennent plusieurs « variations Goldman » sur un thème de Caton. Goldman ne varie pas dans son idée fixe Delenda Carthago, mais il présente son argumentation sous des noms différents (preemptive war, premature war) et avec des références historiques rarement fréquentées. David P. Goldman étant un ancien professeur de musicologie, j’ai titré variations Goldman ce qui ressort davantage de la passacaille (variations revenant toujours vers le thème initial).

Je mettrai demain qelques mots sur David Goldman, un essayiste américain étonnant, plus fascinant que sympathique.

 

Une pensée pour le Veterans Day : Éloge de la guerre préventive (preemptive war)

David P. Goldman (Spengler) Le 10 Novembre 2013 @ 18:56

The Economist salue le Remembrance Day (le 11 novembre, jour du Souvenir), sous le titre de «brutalité évitable », en citant un nouveau livre de Margaret MacMillan qui affirme que tout ce gâchis terrible était le résultat d'erreurs. C'est aussi l'avis de Sir John Keegan, qui, dans son histoire de la Première Guerre mondiale la qualifie de « conflit tragique et inutile ».

C'est une contradiction dans les termes, car le « tragique » implique la nécessité. MacMillan et Keegan, à mon avis, offrent au lieu d’une analyse sérieuse, un conte de sauvetage utopique (in place of hard analysis a Utopian rescue fantasy). Le même point de vue utopique infecte la politique occidentale envers l'Iran. Si seulement les hommes raisonnables pouvaient s'asseoir et réduire les différences, il n'y aurait aucune raison de se battre. Je ne crois pas que ce soit toujours, ni même souvent le cas. Dans le cas de l'Iran, l'Occident se heurte à une civilisation moribonde avec une pulsion de mort : le taux de fécondité de l'Iran est passé de 7 enfants par femme en 1979 à peut-être 1,7 à l'heure actuelle, le déclin démographique le plus rapide jamais enregistré, ce qui assure l’effondrement de la société à l'horizon d'une génération. L'Iran est comme un braqueur de banque qui prend des otages alors qu’il a une tumeur au cerveau. Il n’a pas grand chose à perdre et ne peut être dissuadé de construire des armes nucléaires que par la force.

Les failles de l'Europe étaient fondamentales, pas arbitraires : la Russie en tant qu’empire dépendait de la Pologne et des autres province industrialisées de l'Europe orientale pour son assiette fiscale. L'attraction de la sphère culturelle et économique allemande menaçait constamment de disjoindre la partie orientale de l'Empire russe de son centre, ce qui aurait provoqué l’effondrement économique de l’Empire. C'est pourquoi la Russie parrainai les mouvements pan- slavistes, y compris les terroristes serbes qui ont assassiné l'archiduc Franz Ferdinand en Juillet 1914. J'ai énuméré les raisons de la guerre il y a quelques années (dans un essai intitulé « Éloge de la guerre préventive ») comme suit :

1. Avec une population stagnante, la France ne pouvait pas espérer regagner les provinces de l'Alsace et de la Lorraine qu’elle avait perdues au profit de l'Allemagne en 1870, sauf à combattre assez tôt.

2. L’Allemagne ne pouvait pas concentrer son armée sur un blitzkrieg contre la France si elle attendait que la Russie construise son réseau ferroviaire interne.

3. L’Autriche ne pouvait pas conserver ses ethnies agitées au sein de l'empire si elle ne fustigeait pas la Serbie.

4. La Russie ne pouvait pas garder le contrôle de la partie occidentale industrialisée de son empire - la Pologne, les pays baltes et la Finlande - si l'Autriche humiliait son allié serbe, et la Russie dépendait de ces provinces pour l'essentiel de ses recettes fiscales.

5. L’Angleterre ne pouvait pas maintenir l'équilibre des forces en Europe si l'Allemagne écrasait la France.

Il y avait un moyen de sortir d'un conflit européen prolongé :

Si le Kaiser Wilhelm II avait eu le culot (the nerve) de déclarer la guerre à la France pendant la crise du Maroc en 1905, le plan d'invasion du comte Alfred von Schlieffen aurait écrasé les Français en quelques semaines. La dynastie des Romanov en Russie, humiliée par sa défaite dans la guerre russo-japonaise et en proie à la révolte populaire, serait probablement tombée dans des circonstances plus bénignes que celles qui prévalurent en 1917. L’Angleterre n'avait pas décidé d'une alliance avec la coalition franco-russe en 1905. La course aux armements navals entre l'Allemagne et l'Angleterre, une source majeure de tension, était encore à venir. La guerre en 1905 aurait fait de l'Allemagne de Guillaume le seul hégémon en Europe, sans challenger potentiel avant un certain temps. L'indécision de l'Allemagne a laissé l'initiative aux mains de la Russie, dont des éléments des services secrets ont soutenu les terroristes serbes qui ont assassiné le prince héritier d'Autriche en 1914, forçant l'Allemagne à la guerre dans des circonstances beaucoup moins favorables.

«Les deux guerres mondiales du 20ème siècle, à mon avis, ont commencé trop tard, avec des conséquences catastrophiques pour l'Europe occidentale » concluais-je. Parfois, il est préférable et plus humain de commencer la guerre tôt plutôt que tard. Mon objection à l’Allemagne wilhelminienne n'est pas tellement d’avoir été agressive, mais d’avoir été réactive plutôt que préventive.

Source http://pjmedia.com/spengler

http://pjmedia.com/spengler/2013/11/10/a-thought-for-veterans-day-praise-for-preemptive-war/