En 1941, Jean Giono fait paraître sa traduction de Moby Dick (traduction en collaboration avec Lucien Jacques. Les travaux ont d'abord paru par morceaux de mai 1938 en février 1939 dans les cahiers du Contadour - Il y a même un très rare tiré à part (300 exemplaires tous numérotés à la main par Lucien Jacques) dont vous pouvez voir la page de couverture ci-dessous) chez Gallimard. Ces deux là auront eu à déterminer leur version du fameux "Call me Ismaël."

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Ce que l'on apprend, dès les premières lignes du "Pour saluer Melville" sorti en même temps que le Moby Dick, c'est que Giono et Jacques ont travaillé sur la traduction du 16 novembre 1936 au 10 décembre 1939 mais surtout que Moby Dick, dans sa langue originale, accompagnait Giono depuis 1930. Tout cela pour avoir en tête qu'Herman Melville a accompagné intimement Giono pendant des années et que c'est ce lien là que l'on ressent à la lecture du petit bijou qu'est "Pour saluer Melville".

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Car ce texte n'est pas un travail biographique, moins encore un simple exercice d'admiration. C'est la tentative, par la fiction, d'approcher au mieux Herman Melville.

Par le biais des balbutiements d'une histoire d'amour (mais en fait, d'une histoire d'amour complète), Giono trace un portrait tout en sensibilité.

Au sortir de la guerre, on sait que Giono écrit, dès 1946, "Un roi sans divertissement", magnifique roman centré autour de la figure de Langlois et méditation sur le mal. Mal qui regimbe à la conceptualisation puisque en chacun d'entre nous. Donc mal que Giono rattache à une singularité. Certains y voient le Mal qui opère dans les habits du Bien. L'on pensera alors que, plusieurs années durant, Giono s'est fait le "compagnon" du capitaine Achab...

Pour finir avec Melville, signalons "Le paradis des célibataires", recueil de nouvelles paru en 2002 chez 10/18. On y retrouve "Cocorico", "Les deux temples", "Le pudding du pauvre et les miettes du riche", "Le paradis des célibataires et le tartare des jeunes filles", "Moi et ma cheminée", "La table en bois de pommier", "John Marr" ou encore "Jimmy Rose".

Autant de pépites d'intelligence, de drôlerie, de prise de distance. Il y a beaucoup de Bartleby dans ces nouvelles là. Nabokov voyait en Melville l'un des écrivains américains les plus importants. On le comprend.

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